L’inspection du travail accable France Télécom

Mots clés : StressSuicideFRANCEFrance Télécom

Par Marie Bartnik
12/03/2010 | Mise à jour : 17:46
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Didier Lombard (à droite), récemment remplacé par Stéphane Richard à la tête de France Télécom.
Didier Lombard (à droite), récemment remplacé par Stéphane Richard à la tête de France Télécom. Crédits photo : AFP

L’opérateur se voit gravement mis en cause par un rapport remis en janvier au parquet de Besançon, qui qualifie le suicide d’un de ses salariés d’ «homicide volontaire par imprudence».

France Télécom n’a pas fini d’entendre parler de la vague de suicides qui l’a frappé en 2009. Alors que l’opérateur a déploré mercredi un nouveau cas dans le Nord de la France, le Parisien révèle dans son édition de vendredi le contenu d’un rapport remis début janvier par l’inspection du travail au parquet de Besançon. Enquêtant sur le suicide d’un salarié en août dernier dans le Doubs, celui-ci a conclu de façon tout à fait exceptionnelle à un «homicide volontaire par imprudence» de la part de l’opérateur.

Tout commence lorsque Nicolas G., jeune technicien énergie-climatiseur de France Télécom, se voit signifier sa mutation, alors ressentie comme «disqualifiante», au sein de l’unité chargée de dépanner les clients, en janvier 2009. Alors que ce type de poste nécessite en général une formation estimée à 8 ou 9 mois, Nicolas G. est immédiatement mis à contribution, sans autre préparation. Il se suicidera sept mois plus tard. Mais lorsque la médecine du travail et un cabinet spécialisé dans les risques psycho-sociaux identifient l’unité à laquelle il appartenait comme faisant courir des risques «graves» à la santé de ses membres, France Télécom ne met pas en place les mesures de précaution préconisées. Au contraire, l’opérateur «augmente considérablement la cadence des techniciens» ! Enfin, le rapport signale que le groupe a pour cela «volontairement refusé d’informer le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail» (CHSCT), contrairement aux obligations légales.

Après les résultats déjà accablants d’une enquête menée par le cabinet spécialisé Technologia et rendus publics en décembre dernier le rapport faisait état d’une «ambiance de travail tendue, voire violente» c’est une nouvelle mise en cause de l’entreprise ayant enregistré près de cinquante suicides depuis 2008, alors que France Télécom négocie toujours avec les partenaires sociaux un accord sur le stress au travail. Le rapport de l’inspection du travail a été remis au syndicat Sud, qui envisage de se porter partie civile. Le parquet de Besançon, qui avait précédemment conclu à l’impossibilité d’établir un lien de causalité entre les problèmes professionnels de Nicolas G. et son suicide, pourrait bien changer d’avis