L’Evaluation dévalorisée par la peur

Jean-Jacques Lottin, Convention CGC Santé- juin 2008

La gestion par le stress : une arme anti-humaniste de la pensée-Medef pour casser la solidarité et provoquer la fin de tout lien social au travail : on évalue même les ministres…

La pratique de l’évaluation de tout travail ou projet humain à dimension collective ou publique bénéficiant d’apports financiers a toujours constitué un pré requis éthique non discutable, ainsi que MACHIAVEL (Le Prince- 1517) l’avait affirmé : évaluer, est ontologique. Un devoir admis au nom de la responsabilité solidaire de l’action. Parce que si nous n’avons pas de comptes à rendre, nous devons rendre compte de ce pour quoi nous sommes payés, sans état d’âme particulier. Et notamment en vue d’améliorer la qualité de notre production, qui devrait être le vrai sens de la « démarche qualité ». Mais aujourd’hui, nous assistons à la mort de cette pratique face au changement radical du paradigme évaluatif, qui a quitté la sphère de l’action collective, pour attaquer celle du travail humain individuel, solitaire, au nom de cette idéologie anti humaine de l’AUTONOMIE, et par extension, en remplaçant  sciemment les concepts sociologiques d’attitude, pratique, conduite, par celui de comportement, mot valise dangereux d’une certaine psychologie positiviste qui aime à puiser ses référents dans la biologie et le néo-pavlovisme.

On n’évalue plus un projet, le résultat d’un travail, ses effets, son impact ou son efficacité, voire sa productivité et le profit qu’il génère, on évalue désormais un acteur isolé, fragilisé, ses attitudes, au nom de la responsabilisation, cela afin de le contrôler en exerçant une forte pression MORALE, en le déshumanisant, le désymbolisant, bref, en le coupant du procès collectif et de ses solidarités, au nom

de cette horrible « MODERNISATIONS DES AGENTS » prônée par le MEDEF qui casse leur rapport subjectif même au travail.
Kant dans CRITIQUE DE LA FACULTÉ DE JUGER (1790) posait l’impératif catégorique que « La faculté de juger en général est celle qui consiste à penser le particulier comme compris SOUS L’UNIVERSEL ». Ce n’est plus le cas avec l’évaluation « moderne », qui a rompu son contrat social avec l’universel, pour accabler le particulier, qu’il soit ouvrier, ministre ou candidat à la StarAc’…
A trop l’utiliser, l’évaluation est devenue « une boursouflure sémantique » vidée de son sens originel, selon la formule de Boris Cyrulnik. (Lire « Le mésusage, essai sur l’hyper capitalisme ». P. Ariès, 2007).
Titre de ELLE (janvier 2008) : « Évaluez vos proches. La méthode Fillon à la  maison »… Évaluer les ministres comme les candidats de la STAR’AC signe la fin d’un processus, qui s’autodétruit en quelque sorte, et autorise désormais à le REFUSER par principe, individuellement et SYNDICALEMENT, pour survivre, rester digne, et ne pas plier devant l’obsession de Jacques ATTALI dans son ridicule rapport qui propose que les usagers jugent les administrations publics, antichambre du populisme le plus dangereux.

Du coup, on quitte l’engagement éthique, moral et déontologique pour entrer dans un procès de domination bourdieusienne, fait de MOTS D’ORDRE, de soumission, de biopouvoir : la punition foucaldienne est au bout de l’évaluation de tous, tout le temps, dans cette société de la surveillance qui entre sous nos yeux dans le monde de l’hyper contrôle.
Les zévaluateurs (ou ceux qui s’autorisent à l’être) sont les zélites du moment de cette nouvelle VIOLENCE sociale, et les zévalués (autre nom pour les travailleurs) sont les dominés, les infantilisés, les RÉDUITS.

Ainsi en va-t-il par exemple des deux « techniques » de surveillance et d’inquiétude baptisées : BILAN de COMPÉTENCES, et EPP (Évaluation des pratiques professionnelles des médecins inventée en 1999) qui produisent une ambiance permanente de suspicion, et sont donc propices à la création de noyaux pervers harcelants dans les structures de travail, parfois jusqu’au suicide.
Bachelot regroupe ces deux techniques au sein de l’HAS, supprime insidieusement la FMC entre pairs qu’elle étatise, et invoque désormais « une obligation, de résultat » et non plus de moyens. Le régime n’est pas totalitaire…
Évaluer ce qu’on nomme les compétences consiste toujours à les mettre en doute, à considérer a priori qu’elles ne sont pas établies, et cela déstabilise donc CULPABILISE (c’est bien son objectif) les certitudes de la personne.
Il s’agit toujours de mesurer l’adaptabilité, la compliance au travail, la résilience au harcèlement.
Ce contexte de méthodes patronales de mise en concurrence par la flexibilité ou l’employabilité a été peu à peu étendu à toutes les sphères du travail humain, du privé comme du public : par exemple, dans les hôpitaux et les établissements médico-sociaux, grâce aux nombreuses lois de 2002/2004 et 2005…
Quant aux médecins, ils sont censés avoir oublié leur formation, malgré le travail constant de mise à jour des connaissances, et doivent prouver qu’ils sont aptes à continuer, par tranches de cinq ans, leur métier.
L’EPP met en doute la conscience professionnelle « confondue » avec les compétences. C’est une pratique perverse issue de l’industrie où c’est entre les dénommés coéquipiers, les agents ou les opérateurs mis en concurrence que se joue l’efficience productive. C’est une intolérable atteinte à la DIGNITÉ de chaque humain, une vraie cassure dans le processus civilisationnel.

L’évaluation préventive, consiste à stocker des informations à charge qui pourront SERVIR en cas de nécessité, à dégraisser ou délocaliser ; c’est faire des listes, mettre les personnes derrière des GRILLES d’évaluation, les tester (surtester dit-on même chez Renault où règne le mode d’organisation dit MATRICIEL…), les hiérarchiser en fonction de leur adaptabilité et de leur bonne volonté à se soumettre au rituel mortifère du contrôle, des classements, du COACHING, des sélections entre bons et mauvais, du FICHAGE obsessionnel, voire de la délation, que le sociologue Zigmunt BAUMAN baptise « culture du rebut » et qui produit de plus en plus de « déchets humains ». Ces fameux PRÉCAIRES… du pur capitalisme de plus en plus totalitaire, comme chez ORWELL.

Sous l’influence de l’idéologie dominante du management néolibéral, les relations sociales dans le monde du travail, et plus généralement le processus de Kulturarbeit sont en cours de changement violent, si bien évoqué dans le beau film de Denis Arcand « Les invasions barbares ».
L’évaluation en est l’outil managérial principal. Il est issu dans le champ sanitaire des méthodes de l’EBM, cette médecine fondée sur des preuves soi-disant scientifiques. Et ça passe ou ça casse. Mais parfois au bout, il y a le suicide.
Alors que le prolétaire d’autrefois vendait son corps au patron, comme force de travail, le manager « moderne » exige désorm    ais la vente de la subjectivité complète de l’équipier, engagé corps ET ÂME pour le profit de l’actionnaire.

La sociologue Nacira Guénif-Souilamas appelle ce phénomène « la domestication ». Trop évaluer peut rendre fou quand cela devient harcèlement, acharnement, déclassement, sanction, c’est une DÉ-VALUATION/DÉ-VALORISATION.

Car évaluer, c’est inspecter, expertiser, vérifier, noter, jauger, juger, espionner, tester, questionner, classer, trier, repérer, faire des listes, choisir, contrôler, surveiller, dénoncer, sélectionner, estimer pour exclure, extraire la valeur,
comparer avec des MOYENNES statistiques, avec des standards ou des normes abstraites, mais qu’est-ce donc sinon de l’eugénisme technocratique.
On trouve tous ces mots dans Mein Kampf.

C’est créer du STRESS comme mode d’action : la CGC l’a bien compris qui a créé un BAROMÈTRE STRES, outil entre les mains d’un syndicat au service des salariés, alors que le patronat de La Poste créé un très technocratique « Observatoire de la santé au travail » qui MESURERA le stress… généré par ses incessantes « réformes » de privatisation.
Pour quoi faire ?
Tout ce fatras afin de punir tous ceux qui ne sont pas code barrés, CONFORMES.
C’est chercher à créer des groupes homogènes de travailleurs, standardiser, ramener à un fil conducteur, à un mot d’ordre hiérarchisé, à un guide de bonnes pratiques ou conduites, à un modèle, à des référentiels. A la « méthode TOYOTA ».

C’est jauger la PROFESSIONNALITÉ des agents, cet autre concept de la novlangue du Medef, c’est-à-dire enlever du métier tout ce qui est intuition, savoir, culture personnelle, subjectivité, parole, rapports sociaux, sentiments, empirisme, tradition transmise, pour le REMPLACER par les « valeurs d’entreprise » fabriquées par les DRH, et le réduire à une simple boîte à zoutils respectant à la lettre les référentiels de savoir-faire mis aux point par les ZEXPERTS), dans des UNITÉS de travail où les taches et les responsabilités sont parcellisées, individualisées à l’extrême, dans le culte de la performance, des taches rendues TRANSPARENTES jusqu’à provoquer ces « nouvelles PATHOLOGIES de l’individualisme »… lorsqu’il y a de la « rébellion méthodologique » pour survivre à ce harcèlement .
    Cette évaluation-là créé une nouvelle clinique psychopathologique du     travail qu’ont bien bien cernée Christophe DEJOURS, Yves CLOT ou Denis     DUCLOS, J.A. Miller, Elisabeth Roudinesco et tant d’autres qu’on ne lit pas     assez. Elle se manifeste par une adaptation sous forme de triche, de     mensonge, de fausses réponses, et rend schizophrène.

C’est devenu une pratique thanatocrate. Il n’y a plus de sujets, mais des exemplaires, des monotypes bâtis sur le même modèle théorique. Le mésusage maniaque et malveillant de l’évaluation a détruit son capital symbolique de juste dette, au profit d’une routine de capital-peur et de menace : la gestion mortelle par le stress de la concurrence, si clairement théorisée (et appliquée chez Renault) par Carlos GHOSN, son PDG prédateur.
Gouverner par la peur est un ouvrage collectif paru en 2007 chez Fayard, qui montre comment la POLITIQUE DE LA PEUR (et ses salaires de la peur) importée des USA, est devenue l’outil « corporate » du patronat, étendu depuis aux administrations publiques.
L’insécurité et la menace de chômage en sont les moyens pervers, et disons-le en pesant les mots, fascisants, pour tenir les salariés, et si possible les rendre complices de leur aliénation au nom de l’esprit de la boîte qui les exploite. C’est un aspect selon moi, du syndrome de Stockholm.
Dans la tradition du toyotisme (le TPS : Toyota Productive System, qui provoque le KARO-JISATSU, suicide « en relation avec le travail ») et les rejette sans état d’âme autre que l’intérêt des (ré)actionnaires. Lire l’édifiant « Toyota, l’usine du désespoir » de S. Kamata (Démopolis 2008).

L’évaluation ancienne donnait en retour fierté et estime collectives au groupe.
Elle s’est rabougrie en une fonction infantile de mise en concurrence des équipiers : la montée d’adrénaline améliorerait la productivité : c’est la théorie patronale et comportementale perverse du « bon stress ».
Aujourd’hui, l’évaluation permanente comme moyen opératoire de contrôle des actes du technicien et d’emprise sur son comportement a créé une véritable PANIQUE MORALE, et a pu contribuer à pousser au suicide plusieurs techniciens de Renault Guyancourt. Et de bien d’autres entreprises dont on ne parlait pas, car ces effondrements narcissiques sont vécus comme une HONTE dans des lieux où la « virilité ouvrière » était la règle.
Isabelle BÉAL s’est suicidée à 41 ans en avril à Saint-Priest, en laissant un mot : « Trop de pression au travail ». Son employeur était la SODEXHO.

Le Collectif des Médecins du travail de Bourg-en-Bresse a publié un rapport décennal d’observations et donné l’alerte « pour en finir avec le travail dégradé et ses conséquences sur la santé ET LA COHÉSION SOCIALE ».
Le rapport évoque une détérioration physique et MENTALE des salariés.
« La situation de la France est HONTEUSE : si on ne freine pas les logiques de profit et les logiques GESTIONNAIRES EXCESSIVES, toutes les préventions et précautions ne pourront être qu’inefficaces… Nous n’en sommes plus au principe de précaution, mais à l’ALERTE MAXIMALE, tant la dégradation de la santé est intense ».
On estime en effet, qu’il y a un suicide au travail par jour en France.
Depuis l’époque du productivisme fou de l’économie japonaise, le « karoshi » s’est développé (la mort par épuisement cardiaque au travail de sujets jeunes sans antécédents médicaux).
Le suicide, de plus en plus répandu, semble lui succéder, qui touche désormais beaucoup de milieux professionnels : les prisons, la police soumise à la culture sarkozyenne des bâtonnets, l’enseignement (où ce sont désormais les enfants des maternelles qui ouvrent le bal avec leur « carnet d’évaluation comportementale », l’hôpitalentreprise, ses pénuries humaines et sa nouvelle gouvernance, La Poste avec ses « challenges du meilleur vendeur », la sous-traitance dans la chimie, l’ANPE en voie de privatisation, les tribunaux d’instance, les contrôleurs de la SNCF évalués sur le nombre de procès-verbaux, la restauration rapide, les hypersurfaces avec les « qualitests » pour piéger les caissières, IBM France qui pratique le « forced ranking », cette notation forcée qui fixe des quotas de licenciés A L’AVANCE , les médecins généralistes de plus en plus touchés (le Vaucluse a ainsi perdu cinq généralistes et trois psychiatres en dix ans), mais on n’en parle pas, car ce serait trop angoissant pour les patients, mais aussi les visiteurs médicaux, des délégués syndicaux exposés à la double vindicte des patrons et des salariés ne sachant plus à quel saint se vouer, les sous-traitants du nucléaire (Chinon), et maintenant les entreprises autrefois les mieux organisées syndicalement comme les ex-bastions ouvriers Renault et PSA.

Cette multiplication révèle en outre le visage obscène de l’assurance-maladie qui tergiverse pour les prendre en compte comme « accidents du travail », petites économies obligent, et du patronat qui n’y voit que des drames « privés » (de sens ?) pour s’en laver les mains. On appelle cela « barbarie douce ». Douce vraiment ?

Alors qu’ils plaident hypocritement pour le mythe éculé d’une « démarche qualité-sécurité », en réalité, les DRH ne jurent que par le quantitatif, et la double tarification hospitalière en est l’exemple flagrant. Du chiffre, de l’efficacité, du rendement, et peu importe la réaction de la variable d’ajustement que constitue désormais le capital humain et ses salaires dérisoires, dans une époque de surexploitation au travail qui rend tragi-comique le slogan sarkozien de « tout pour le travail »…
Nous sommes dans une « société de compétition » sans éthique ni états d’âme : seuls le pragmaticisme à l’américaine et l’efficience comptent. Pas la cohésion sociale. Il s’agit bien de totalitarisme gestionnaire, d’une menace considérable contre la DIGNITÉ des salariés et le sens de leur travail.

Partout, le moyen de gestion utilisé repose sur la FOLIE ÉVALUATIVE, jusqu’-au délire paranoïaque, hors de toute finalité productive, comme moyen d’emprise totale sur les individus. Elle rend chacun transparent, ce fantasme de tout dirigeant néolibéral, qui permet la fin de l’intime, du secret (comme avec les nouveaux dossiers médicaux personnels). Mais la transparence incestuelle rend fou. Elle pousse à tricher, à ruser, à détourner l’évaluation, et prépare la société d’Orwell. Celle des personnes réduites à des éléments identiques dans les masses de manœuvre des dictatures, comme Hanna ARENDT l’a si bien montré dans « Les origines du totalitarisme ».

Tout cela peut vous sembler à juste titre EXCESSIF, mais mon intention est d’alerter, de faire prendre conscience de l’irréversibilité de ces processus de biopouvoir, si on ne les rejette pas collectivement dans une certaine urgence. La page de garde du site ORANGE propose de participer à des « auto-évaluations » appelées « psycho-tests ».
Par exemple, CALCULEZ VOTRE QE, ce quotient émotionnel, inspiré des méthodes banalisées de l’église de scientologie, utilisées par L’Oréal, Coca-cola, Canon pour évaluer le dégré scientifique de motivation professionnelle… Une saloperie.

Dans cet anti-humanisme de l’ère néolibérale, la personne se réduit à sa contribution à la production de « valeur » pour les actionnaires. Elle est devenue marchandise à son tour, réifiée (selon la formule d’Axel HONNETH) et corvéable à merci, jusqu’à la mort… mise en compétition avec ses collègues (c’est la suprématie du droit à la concurrence européen, une des raisons du rejet français de la constitution européenne).
Le credo patronal contagieux de l’évaluation, casse toute transmission de savoir-faire, tout héritage ouvrier, (ce phénomène étant amplifié dans tous les plans sociaux par l’éjection prioritaire des plus âgés, ceux qui pourraient justement former des jeunes, et portent les valeurs solidaires historiques, l’histoire des luttes, des résistances et des traditions culturelles de la classe ouvrière), les valeurs collectives issues du Front Populaire puis de la Libération s’effaçant au profit de la « liberté » de chacun de faire fortune (le fameux « travailler plus pour gagner plus », un mensonge économique). Exaltation du chacun pour soi, tous inégaux, aux salaires personnalisés, primés au « mérite », comme demain pour les médecins hospitaliers.

Mais, nous sommes en plein dans l’idéologie.
Soumettez-vous au non-sens du travail fragmenté tel qu’on vous l’impose désormais, ou partez par licenciement de consentement soi-disant mutuel (comme l’a inventé l’ineffable Madame Parisot avec son concept novlangue de SÉPARABILITÉ), ce fameux « gagnant gagnant » repris par Sarkozy,
L’évaluation est devenue une arme d’extermination lente (par l’individualisation, la perte du sens de ce qu’on fait, du sentiment d’utilité) et l’invention géniale du télétravail et du renvoi à domicile, fait partie de cet attirail d’isolement et de dépendance au nom de la « liberté »… sans aucun contre-pouvoir.

Elle est désormais un monstre issu du croisement incestueux des méthodes de gestion corporate du patronat, ce « maternalisme » de la nouvelle gouvernance analysé par le philosophe Ruwen OGIEN qui a étudié cette manie des néolibéraux de transformer les faits sociaux en phénomènes psychologiques statistiquables, et des techniques de rééducation comportementales des universités anglo-saxonnes.
Elle produit un pouvoir ABSOLU non plus seulement technique, mais ontologique, donc POLITIQUE sur les zévalués, et place les ZÉVALTUEURS en position de contrôle TOTAL sur le travail, sur la vie et les attitudes des salariés du privé comme du PUBLIC. Il n’y a plus de sanctuaires, et nous ne pouvons que constater que cette méthode est l’antichambre d’un vrai totalitarisme par le retour des valeurs du XIXè.
« Cette vision scientiste de la société humaine devient une véritable mystique aveugle, donc dangereuse, fourvoyeuse de la BIOCRATIE » (Jean AYME).

Il est vital de la refuser, de s’y opposer par tous les moyens. Car, en jugeant non plus l’action collective, mais l’acteur individualisé, elle détruit les derniers liens sociaux, et tout processus de KULTURARBEIT. Elle introduit une logique de désubjectivation qui ramène l’humain à des normes. Il faut donc évaluer les évaluateurs, comme le proposait BOURDIEU. Les angoisser à leur tour.
Piteusement, sous la pression des enseignants et des parents, DARCOS a fini par expurger sa fachisante « base élèves » des éléments les plus dangereux pour les libertés, alors que la pétition contre la calamiteuse expertise de l’INSERM sur les psychothérapies a obligé son collège scientifique à se doter d’une charte éthique.

On ne peut éviter de proposer comme image ANALOGIQUE, une citation d’Hannah ARENDT, issue des « Origines du totalitarisme » 1946 :
–La scientificité de la propagande de masses est d’un usage tellement universel dans la politique moderne, qu’on l’a interprétée comme un signe plus général de cette obsession de la science qui caractérise le monde occidental … Ainsi, le totalitarisme semble n’être que la dernière étape d’un processus en vertu duquel « la science est devenue une idole qui guérira magiquement les maux de l’existence et transformera la nature de l’homme ».
Or, l’évaluation a bien cette prétention scientifique.
Ne laissons pas dissoudre la culture dans le biologique, comme toute politique de contrôle des comportements le prépare.

    Et pour conclure sur une note de dignité, cette citation :
Le mot résister doit toujours se conjuguer au présent . Lucie AUBRAC, décédée en 2007 après avoir vécu debout.
La question se pose vitale, de dire NON À L’ÉVALUATION qui détruit.
Jean-Jacques Lottin. 84800 L’Isle-sur-la-Sorgue.