Par le Dr Sophie Bialek

Société pour l’Action et la Recherche en Psychiatrie
1 rue Duguay-Trouin 75006 Paris

16.02.08

Cher(e)s collègues de la Fédération Française de Psychiatrie,

En ce début d’année 2008,  nous souhaiterions  soumettre au bureau de la FFP, quelques demandes d’éclaircissement, concernant  l’état actuel des relations entre la FFP et la HAS. Cette démarche s’origine de la lecture, sur le site de la FFP, de l’exposé du Dr O. Lehembre, Président de la FFP, en date de janvier 2007.

1) Notre première question concerne la Recommandation de la HAS “complications évolutives d’un épisode dépressif de l’adulte” don’t la mise en oeuvre et le déroulement ont, au vu du rapport du Dr Lehembre, effectivement donné lieu à certaines “complications”. A cet égard, nous souhaitons attirer l’attention des responsables de la FFP sur le fait que le Plan Ministériel Santé mentale 2005-2008 comporte, dans son axe 4, une mention explicite au sujet des recommandations sur la dépression.

« Saisine de l’HAS pour réactualiser les Recommandations de Bonnes Pratiques, en lien avec l’AFSSAPS sur les traitements de la dépression (choix des antidépresseurs et/ou des psychothérapies, posologies, durée du traitement, associations….) cf 3.1.2 ; et développer, sur la base de ces recommandations des référentiels de formation et des évaluations des pratiques professionnelles (EPP) permettant l’amélioration du repérage, du diagnostic et du traitement de la dépression par les professionnels de santé, en fonction des populations (périnatalité, enfants et adolescents, adulte, personnes âgées, personne en précarité….). e ministre veillera à ce que l’ensemble des sensibilités de la psychiatrie française, dont la psychanalyse, soient associés à la révision de ces recommandations. ».

La recommandation de 2002 “prise en charge de l’épisode dépressif isolé de l’adulte” demeurant toujours en vigueur et servant de surcroît de prémisse à la recommandation “complications évolutives”, la FFP considère-t-elle avoir contribué avec cette dernière à la réactualisation demandée par le Ministère  ?

O. Lehembre remarque à juste titre que “Le texte de la RPC apparaît critiquable et peu convaincant , le thème trop vaste, la clinique insuffisamment précisée”. Et pour cause, sommes-nous tenté de rétorquer puisque le but de cette recommandation n’était rien d’autre que la validation  des traitements antidépresseurs de longue durée. A ce propos, la FFP ne s’est-elle pas étonnée que cette recommandation, portant la date de validation “avril 2007”, n’a pourtant été publiée par la HAS qu’en décembre 2007, autrement dit après la clôture de la campagne d’information INPES ?

2) Dans le même exposé de janvier 2007, O. Lehembre évoque un contact avec la HAS au sujet d’une recommandation concernant la détection des schizophrénies débutantes. Le calendrier 2007 de la HAS mentionne également un projet de recommandation concernant le répérage et la prise en charge “des troubles psychiatriques en médecine libérale”. Date de mise en ligne prévue : deuxième semestre 2008. La FFP a-t-elle été sollicitée pour ce projet ? Nous constatons que la RPC sur le trouble anxieux (2001) a récemment été retirée du site de la HAS. La FFP est-elle informée des raisons de ce retrait ? Quelle est la position de la FFP sur le contenu des deux référentiels d’EPP validés par la HAS (“dossier patient en psychiatrie” et “prise en charge de l’état dépressif de l’adulte en psychiatrie libérale ”) ?

3) Ne serait-il pas opportun que la FFP consente au moins à faire un effort de communication et d’information à l’égard des psychiatres, dans la mesure où ses prises de position, tout comme l’évolution de ses rapports avec la HAS, porte à conséquence pour l’ensemble de la profession ? Certes la FFP a organisé quelques réunions consacrées à l’EPP. L’on conviendra néanmoins que les possibilités d’accès des collègues de province à ces manifestations était loin d’aller de soi…  Par ailleurs, les problèmes qui sont actuellement posés à notre profession ne se réduisent pas à l’EPP. On l’a vu tout récemment avec l’épisode du Guide INPES sur la dépression. En tout état de cause, nous comprenons mal comment la FFP pourrait prétendre représenter valablement la profession devant les autorités scientifiques et les pouvoirs publics, avec une aussi faible capacité de communication et d’ouverture, ce don’t l’état actuel de son site Internet témoigne largement.

Pour conclure cette série de remarques qui en appellerait sans doute bien d’autre, nous souhaitons préciser clairement notre position quant à la représentation du courant psychanalytique au sein de la HAS. Etant entendu que le courant cognitivo-comportementaliste est régulièrement représenté au sein des groupes d’élaboration des recommandations par des psychiatres et/ou des psychologues appartenant à  des associations assurant la formation  et garantissant la pratique de leurs membres, il nous apparaît relever du bon sens qu’il en aille de même s’agissant des représentants du courant psychanalytique. Autrement dit, que le courant psychanalytique soit représenté par des professionnels “inscrits régulièrement dans l’annuaire de leur association”. Voilà une formule qui semble en effet recueillir les suffrages s’agissant de l’usage du titre de psychothérapeute. L’on ne comprend pas pourquoi cette exigence deviendrait hors de propos dès lors qu’il s’agit de recruter des experts. Cette position a du reste rencontré l’assentiment du Ministère et a trouvé sa traduction dans le Plan ministériel santé mentale (cf le paragraphe mentionné ci-dessus). La HAS a également été avisée de notre position, sa réaction consistant pour l’heure à se défausser sur la FFP quant à la responsabilité dans le choix des experts…

En  vous remerciant par avance pour l’attention que vous porterez à nos préoccupations et pour les réponses que vous voudrez bien nous faire parvenir, nous vous adressons nos salutations confraternelles.

Dr Sophie Bialek