Christopher Lane, Comment la psychiatrie et l’industrie… : Burn After Reading

Christopher Lane, Comment la psychiatrie et l’industrie… : Burn After Reading

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Encore une critique des dérives de la psychiatrie américaine ?! Oui, mais celle-ci provient d’un professeur de lettres anglaises lecteur de Foucault et Lacan ; et fut best seller en 2007. L’auteur a pu accéder aux archives de l’Association Psychiatrique Américaine et a interviewé le rédacteur du DSM III, le psychiatre Robert Spitzer. Construit autour de l’exemple jugé paradigmatique de la médicalisation de la timidité, il examine les questions du diagnostic, de l’anxiété, de la marchandisation et des impasses de la médication de l’existence. On peut être initialement rebuté par l’approche foucaldienne de la question du diagnostic par l’auteur qui, faute de connaître l’hommage de Lacan aux mécanistes, jette Kraepelin avec l’eau du DSM.

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DSM V : la structure résiste-t-elle à tout ?

 LE DSM V ET LES TROUBLES DE LA PERSONNALITE 

par Juan Pablo Lucchelli

Pour ceux qui n’aiment pas le DSM en vigueur (peu importe lequel, selon les époques, DSM III, IV), il y aurait tojours une recette assez efficace pour qu’ils commencent à l’aimer : c’est de se dire que le DSM suivant sera certainement pire.

Il est clair que la plupart des ceux qui n’aiment pas le DSM, ne le lisent pas. Il y en a aussi qui l’aiment et qui, en raison de cela précisément, ne le lisent jamais. En ce qui me concerne, il s’agit là d’une lecture du DSM, qui touche particulièrement le domaine de ce que l’on appelle les « troubles de la personnalité ». J’aimerais ponctuellement parler de « A research agenda for DSM V »[1], à savoir la préparation, par des experts américains, du prochain DSM V. Pour que ce soit mieux compris en France, c’est comme le rapport de l’INSERM sur les psychothérapies, mais fait sérieusement. 

Pour l’essentiel, en effet, les experts américains, consacrent quelque centaine de pages à critiquer la conception actuelle, donc du DSM IV-R, des troubles de la personnalité. Si bien que, pour eux, cela ne va plus, il faut innover. Plus exactement, ils veulent finir avec une conception dite « catégorielle » de la classification actuelle des troubles de la personnalité.

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D’une réforme dans son trou, par Jacques Lacan

Jacques Lacan d’aujourd’hui !

Nous devons cet article à Patrick Valas, qui l’a adressé pour publication à Laurent le Vaguerèse (site Oedipe) On croirait ce texte, d’une saisissante actualité, écrit hier. A l’heure où certains appellent de leurs voeux un retour à la neuropsychiatrie, on peut dire qu’il tombe à pic !
Patrick Valas :  » Le journal Le Monde avait sollicité Lacan pour avoir son avis sur la réforme universitaire, entreprise par E. Faure après l’émoi de 1968. Voilà donc la réponse qu’il fit et qui devait paraître le 3 février 1969. Son texte devait paraître à la rubrique Libres Opinions de ce journal, il ne fut jamais publié. Je le transmets ici comme Lacan voulait le présenter, en reproduisant la version dont je dispose à partir de la photocopie de l’original, annotée de sa main, qu’il m’avait confiée pour ce faire. Il y a sur la dactylographie de ce texte des annotations et des corrections de la main de Lacan, et curieusement celle-ci récurrente : à chaque fois qu’il écrit l’objet a il précise en marge qu’il faut le mettre en italique. « 

Libres opinions
D’une réforme dans son trou
par Jacques LACAN

Il n’y a pas d’opinions libres. Je dois le dire pour l’en-tête de cette rubrique. Dans le Discours, on ne convient d’une liberté que pour y déceler la nécessité que cet artifice révèle. Cf. le discours mathématique, et aussi l’ « association libre », opératoire en psychanalyse.

La réforme en psychiatrie et l’émotion  » scientifique « 

Naissance est annoncée comme inscrite à l’état civil, de collèges de psychiatrie dans un certain nombre de centres, voire de décentres, en France.
Deux étages à cette réforme.
Etage d’enseignement. Merveille : les psychiatres y auront leur mot à dire. Plus fort, ils enseigneront ce qu’ils savent.
Etage de leur pratique : elle s’institue sur le principe de fonction qu’ils remplissent d’origine, comme sociale. Ce principe prend forme de l’institution du « secteur » dont une équipe prend la charge au titre de la santé mentale, prophylaxie comprise.
Horrendum : d’un étage à l’autre l’ascension est prévue et l’allée et venue permanente. D’où argue la crainte qui s’énonce au niveau de l’Université, soit des facultés de médecine et des facultés de lettres, voire des sciences.
En voici l’appareil : la dominance qui résulte de cette « sociatrie » dans l’enseignement est de nature à dévier ce qui à ce domaine est promis d’une recherche scientifique, pour quoi d’autres recours posent.
Que les laboratoires pharmaceutiques dans cet avertissement soient promus au rang de têtes chercheuses menacées, serait propice à en finir immédiatement avec lui : qui ne voit en effet que les recours chimiques ne sont pas près de quitter la tribune ? L’objection faite nous paraît mériter examen sur une base plus sérieuse, et pas seulement, comme, nous dit-on, la résume notre Ministre à répondre de l’étage : enseignement, en repoussant du pied le terme de sociatrie pour épingler l’autre étage. Ce terme est en effet d’autant plus pertinent que pertinente la chose même qu’il désigne. La fissure sociale en effet est claire qui aspirera en sa béance toujours plus de personnel, de constructions et de l’argent qu’il y faut ? Ce dont le coût est peu au prix de la compétence qu’elle exige désormais pour s’en occuper. La dite compétence est ce dont les autorités universitaires maintenant alarmées, n’ont à proprement parler rien voulu savoir au temps précis où elles étaient en charge d’y veiller. La suite requiert qu’on sache pourquoi il en fut ainsi : ce qu’éclairera un exemple.

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Action psychiatrique et amours fous ?, par Catherine Stef

Quelle est la nature du lien entre la psychanalyse et la psychiatrie ? Affinités électives, amour courtois, liaison dangereuse, aujourd’hui divorce ? Peut-on dire : « la psychiatrie mise à nu par la psychanalyse même », rappelant ainsi le titre d’un numéro de la revue Quarto sur le thème de la médecine, en 1996, inspiré de Marcel Duchamp ?

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Mortelles séparations, par Herbert Wachsberger

Séparer la psychiatrie de la médecine ?
Le premier Livre blanc, qui permit à la psychiatrie – l’époque aidant – de se défaire de la tutelle des neurologues (plus que de la neurologie), la laissa libre de s’offrir aux neurosciences. Le deuxième Livre blanc, qui consacre la séparation de la psychiatrie et de la psychanalyse, a célébré les noces de la psychiatrie et de la molécule.
Pour ledit « psychiatre, psychanalyste », voilà qui n’est pas confortable.

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