Evaluations : pièges à c…

Evaluations : pièges à c…

Ministres notés : Luc Châtel réalise le voeu de Nicolas Sarkozy. Et écope d’un zéro pointé.

Invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC, Luc Châtel, ministre de l’Education nationale a été collé par une question du livret d’évaluation des CM2. : « 10 objets identiques coûtent 22 euros. Combien coûtent 15 de ces objets ?» Luc Chatel a répondu : 16,50 euros.

Cependant nous trouvons que la question est, comme souvent dans l’éducation nationale, mal formulée et sommes à chaque fois frappés par la sorte de solécisme des énoncés proposés à nos petits. Ici l’énoncé gagnerait, à notre sens, que soit précisée l’idée de somme dans la question : « 10 objets identiques coûtent en tout 22 euros. Combien coûtent 15 de ces objets ? » Il faut croire que l’arithmomanie relative à longue pratique de précurseurs de l’évaluation à l’Education Nationale a durablement atteint chez eux la fonction de la parole et de l’écriture. Précurseurs donc, dans tous les domaines.

Le Point annonce le Forum des Psys

Le Point annonce le Forum des Psys

Quand les psys mettent les pieds dans le plat
lepoint.fr

Quand les psys mettent les pieds dans le plat

Bernard-Henri Lévy et Jacques-Alain Miller © MAISONNEUVE / BALTEL / SIPA

« Évaluer tue. » C’est l’intitulé du grand meeting organisé par le Forum des psys, le 7 février à La Mutualité, à Paris (1).
Les psychiatres partent en guerre contre la culture de l’évaluation qui, selon eux, « promet la rentabilité et produit la mort ». Principal visé : le monde de l’entreprise « où le monstre de l’évaluation s’est répandu comme une traînée de poudre se transformant en management par le stress », explique le psychanalyste Jacques-Alain Miller, à l’origine de ce meeting de protestation et auquel le trimestriel Le nouvel Âne consacre son dernier numéro. Une culture du tout chiffrable « qui exige de l’homme le zéro défaut et ne fait plus de différence entre l’humain et l’objet ». 
Aux côtés de Jacques-Alain Miller, Bernard-Henri Lévy présidera le forum ouvert à tous. Une façon de montrer qu’intellectuels etpsys font cause commune. D’autres têtes d’affiche sont attendues, parmi lesquelles les philosophes Jean-Claude Milner, Cynthia Fleury, Yves Charles Zarka et l’universitaire Roland Gori.
(1) 24 rue Saint-Victor, Paris 5e, de 10 heures à 19 heures. Inscriptions sur place : 20 euros.

Les Forum des Psys : Evaluer tue !

Les Forum des Psys : Evaluer tue !

valuer tue

Il y a sept ans débutait la campagne anti-évaluation des Forums des Psys en réponse à l’amendement Accoyer, au rapport Cléry-Melin, Pascal, Kovess et au rapport de l’Inserm sur l’évaluation des psychothérapies. La SARP, née à cette occasion, démontait déjà l’imposture évaluatrice.

 

(suite…)

Le fétichisme de l’Evaluation comme fin en soi

L’Evaluation dévalorisée par la peur

Jean-Jacques Lottin, Convention CGC Santé- juin 2008

La gestion par le stress : une arme anti-humaniste de la pensée-Medef pour casser la solidarité et provoquer la fin de tout lien social au travail : on évalue même les ministres…

La pratique de l’évaluation de tout travail ou projet humain à dimension collective ou publique bénéficiant d’apports financiers a toujours constitué un pré requis éthique non discutable, ainsi que MACHIAVEL (Le Prince- 1517) l’avait affirmé : évaluer, est ontologique. Un devoir admis au nom de la responsabilité solidaire de l’action. Parce que si nous n’avons pas de comptes à rendre, nous devons rendre compte de ce pour quoi nous sommes payés, sans état d’âme particulier. Et notamment en vue d’améliorer la qualité de notre production, qui devrait être le vrai sens de la « démarche qualité ». Mais aujourd’hui, nous assistons à la mort de cette pratique face au changement radical du paradigme évaluatif, qui a quitté la sphère de l’action collective, pour attaquer celle du travail humain individuel, solitaire, au nom de cette idéologie anti humaine de l’AUTONOMIE, et par extension, en remplaçant  sciemment les concepts sociologiques d’attitude, pratique, conduite, par celui de comportement, mot valise dangereux d’une certaine psychologie positiviste qui aime à puiser ses référents dans la biologie et le néo-pavlovisme.

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Vers un marranisme de la psychiatrie ?

Les Marranes sont-ils nostalgiques ?

par Hervé Bokobza 

Prologue : notre expérience de la V2 de l’HAS 

" La V2, Il y a deux ans, c’est le « temps de la restitution » en   présence de toute l’équipe, les accréditeurs nous ont transmis leur « notation », il me reste comme responsable de l’institution à conclure :
« Mesdames, Messieurs, chers collègues
Tout d’abord un grand merci à toute l’équipe de St Martin et particulièrement à notre directrice pour avoir accepté de se soumettre à cette redoutable épreuve de l’accréditation.
Merci  à tous d’avoir accepté des contraintes étrangères à notre fonctionnement habituel. Merci à tous d’avoir fait l’effort gigantesque d’une lecture d’un langage administratif abscond et coupé de votre engagement quotidien. Mesdames Monsieur les experts visiteurs vous m’avez confié combien vous vous étiez senti bien accueillis. Apprenez que pour nous le principal critère d’évaluation du bon fonctionnement d’une institution est justement à repérer dans ce champ : celui de l’accueil de l’étranger , de l’étrange, de l’inconnu ; c’est le principal indicateur, pour reprendre votre terminologie, de la créativité indispensable à notre discipline avec cette fonction essentielle d’empathie et de respect de la singularité de l’autre. Nous pourrions, vous auriez pu en rester là. Qui plus est comme vous l’avez je l’espère entendu il est bien plus difficile de vous accueillir que d’accueillir le malade mental le plus gravement atteint. Vous êtes venus  essentiellement pour évaluer nos pratiques professionnelles. Et pourtant nous n’avons pas eu le loisir de vous exposer l’essence de notre projet. Kafka n’est pas loin. Notre projet de soins repose sur l’évaluation permanente de nos pratiques.

(suite…)

Coup de tonnerre sur la formation continue


La FMC obligatoire des médecins stoppée

30/04/08 – "Les conseils nationaux de FMC resteront-ils les pilotes de l’avion FMC, en instance de décollage depuis maintenant douze ans ?". Rien n’est moins sûr. Lors de son discours de clôture des EGOS le 9 avril dernier, Roselyne Bachelot avertissait de son intention d’"ajuster le dispositif de formation continue, qui sera redéfini dans le cadre du projet de loi qu’elle portera devant la représentation nationale, dès l’automne". L’ouverture officielle de la période obligatoire de formation médicale continue et d’évaluation des pratiques professionnelles attendra la future loi de modernisation de la santé. Les trois conseils nationaux de FMC des médecins libéraux, salariés et hospitaliers s’inquiètent des projets du gouvernement en la matière et craignent que la prochaine loi "ne remette en cause leurs prérogatives et que le gouvernement confie à la Haute Autorité de santé l’organisation de la FMC". En conséquence, ils viennent de  décider "de suspendre temporairement les agréments des associations de FMC dans l’attente d’une clarification gouvernementale", annonce le Quotidien du médecin (30-04). Néanmoins, les conseils vont continuer l’examen des dossiers envoyés par les organismes mais en suspendant le rendu des décisions d’agrément et l’avis donné à la HAS sur les dossiers d’EPP. "Afin de ne pas rester sur la touche et d’être force de propositions, les trois CNFMC ont décidé de lancer une réflexion pour simplifier le dispositif de FMC, d’EPP. En outre, le conseil national des FMC des libéraux lance un sondage de terrain <http://s3s.fr/l/5XXuxflL14/wanadoo.fr/p.foucras.html>  auprès des médecins", rapporte Medecinews. "Les libéraux pourront ainsi indiquer clairement leur préférence sur l’instance idéale chargée du contrôle de la validation de FMC et d’EPP. Au choix : l’Etat, les Ordres professionnels, la HAS, l’Assurance maladie, ou les CNFMC ? Réponses à rendre avant le 26 mai prochain". Les CNFMC vont faire dans les prochaines semaines "un intense lobbying", ajoute le QDM. Le budget 2009 de formation professionnelle conventionnelle, financée par l’Assurance maladie, est évalué à 35 millions d’euros. Les partenaires conventionnels viennent d’installer le comité paritaire national FPC (CPN-FPC) et arrêter le cahier des charges 2009 des organismes de formation qui a été diffusé en début de semaine par l’OGC, rapporte le journal.
> "Coup de tonnerre sur la formation continue" – Medecinews :
http://www.medecinews.com/index.php?fuseaction=a_suivre_main.ArticleASuivre&articleID=35 <http://s3s.fr/l/5XXuxflL15/wanadoo.fr/p.foucras.html> 

Pour le peuple : évaluation et transparence

Pour le peuple : évaluation et transparence

Chez Pierre Rosanvallon :
L’évaluation, c’est bon pour le peuple, pas pour les « hommes d’action »

La revue La vie des idées, pubication attachée aux éditions La république des idées de Pierre Rosanvallon, consacre un dossier sur les « indicateurs ». Si un premier article remet en cause une certaine « illusion » du contrôle par l’Evaluation, ce n’est certes pas pour abandonner ce contrôle, cher à Pierre Rosanvallon. On se reportera à ce sujet au Communiqué n°47 de l’Agence Lacanienne de Presse que nous reproduisons ci-dessous. On verra qu’il s’agit bien au contraire de toujours mieux contrôler les populations, mesurer, évaluer, « optimiser » le corps social. 

Mais lorsqu’il s’agit de l’évaluation des Ministres, dans le second article, Anne Pezet & Samuel Sponem se montrent plus réservés : « En fait, les indicateurs sont des instruments de gestion très utiles à condition de ne pas y accorder trop d’importance, pour préserver un jugement discrétionnaire (qui est l’essence de l’homme d’action, bien plus que ne le sont les indicateurs) et surtout de les manier avec précaution. Si vous ne connaissez pas votre métier, ils ne vous rendront pas meilleurs. Ils peuvent dans certains cas aider à y voir plus clair dans une situation confuse, ils peuvent aussi vous aider à comprendre de vos erreurs, mais ils ne ferment jamais tout à fait les débats sur la performance. Ils peuvent surtout être utilisés pour faire avancer, non pas la vérité mais ses propres intérêts. Les chercheurs en gestion les présentent ainsi parfois comme des outils de légitimation ou des « machines de guerre ». Leurs fonctions sont alors très différentes de la recherche de l’objectivité qu’ils sont censés permettre… Un mauvais indicateur ou un mauvais chiffre sert ainsi bien d’autres fins que l’efficacité. »

L’Evaluation, “une machine de guerre » ? Quelle idée ?! Selon que vous serez puissant ou misérable, l’Evaluation sera  blanche ou noire. On croît toutefois reconnaître là la sorte de dialectique naïvement développée par le futur président de la République lors de son incroyable entretien avece le philosophe Michel Onfray quelques semaines avant son élection : « Je crois en la transgression, affirmait Nicolas Sarkozy. Mais ce qui me différencie des libertaires, c’est que pour transgresser il faut qu’il y ait des règles ! Il faut qu’il y ait de l’autorité, des lois. L’intérêt de la règle, de la limite, de la norme, c’est justement qu’elles permettent la transgression. Sans règles, pas de transgression. Donc pas de liberté. Car la liberté, c’est de transgresser. » On reste sans voix devant une telle déclaration à ciel ouvert :  aux untermensch les règles et la transparence ; transgression et opacité pour les autres, et, catégorie à part, transgression revendiquée, décomplexée, Fouquets et Boloré, pour M. Sarkozy. Cette dernière catégorie, trop fragile, mise à part, n’est-ce pas par ailleurs le panoptique de Bentham en cours d’achèvement ? Le remède ? « Les chauve-souris craignent la lumière, qu’aiment les amis des libertés », concluait Jacques-Alain Miller en mars 2005.

 P. Sidon

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Les indicateurs de performance peuvent-ils s’appliquer à l’action publique, aux fonctionnaires et aux ministres ? Deux études soulignent les inconvénients que présentent les primes à la performance dans le secteur privé, auxquelles s’ajoutent des difficultés spécifiques au secteur public.

- Incitations et désincitations : les effets pervers des indicateurs
par Maya Beauvallet, le 22 février 2008
La demande politique d’une plus grande clarté dans l’administration des fonds publics et l’exigence d’efficacité à l’égard des fonctionnaires a nécessité la mise en place d’un suivi des performances de ces administrations. Néanmoins, aux inconvénients des primes à la performance déjà connus dans les secteurs privés, s’ajoutent des difficultés spécifiques à leur utilisation dans les secteurs publics. Lire la suite…

- Des indicateurs pour les Ministres au risque de l’illusion du contrôle
par Anne Pezet et Samuel Sponem, le 22 février 2008
Deux professeurs et chercheurs en management, Anne Pezet et Samuel Sponem, mettent l’accent sur la prudence avec laquelle il convient d’utiliser les indicateurs de performance, singulièrement quand, suivant le mouvement de « managérialisation » de la société, on entend les appliquer au monde de l’action publique. Lire la suite…

par Maya Bacache-Beauvallet & Anne Pezet & Samuel Sponem [22-02-2008]

Dans ce contexte critique, on relira avec intérêt le communiqué n°47 de l’Agence de Presse Lacanienne daté du 20 mars 2007 :

COMMUNIQUÉ DE JACQUES-ALAIN MILLER – 21 mars 2005

 

            J’ai été reçu ce matin rue de Solférino, de 11h à 11h55, par François Hollande. L’invitation à le rencontrer m’était parvenue par l’intermédiaire du Sénateur Jean-Pierre Sueur, qui participait à l’entrevue. J’avais demandé à Agnès Aflalo et à Gérard Miller de m’accompagner.

            Je ne dirai rien des propos de François Hollande, sinon qu’il a accepté de bonne grâce le cadeau que j’avais apporté pour lui, d’un exemplaire dédicacé du Sinthome et de Lacan même, où la place était laissée pour une dédicace de Philippe Sollers. Il a de même gentiment accepté de remettre de ma part à Mme Ségolène Royal un exemplaire dédicacé de ces deux ouvrages.

            Gérard Miller a introduit l’entretien en retraçant le chemin qu’avait suivi notre réflexion, et notre action, depuis le vote de l’amendement Accoyer par l’Assemblée nationale. Peut-être mon frère voudra-t-il reprendre lui-même pour l’ALP la substance de ses propos.

            Je reproduis l’essentiel de ce que j’ai dit ce matin au successeur de François Mitterrand à la tête du Parti socialiste :

(suite…)

Les « psys » face à l’idéologie de l’expertise, par Elisabeth Roudinesco

Les « psys » face à l’idéologie de l’expertise, par Elisabeth Roudinesco

Point de vue

Les "psys" face à l’idéologie de l’expertise, par Elisabeth Roudinesco

LE MONDE | 18.01.08 | 13h51  •  Mis à jour le 18.01.08 | 13h51


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Depuis trois décennies, les Etats démocratiques s’appuient sur la science pour gouverner les peuples. Si cette politique a permis de prévenir, soigner et guérir avec succès les maladies organiques et si elle a magnifiquement amélioré notre vie quotidienne, elle n’a pas produit de résultats aussi pertinents dans le domaine de la souffrance psychique.

 

Ni l’étude des gènes ni celle de la plasticité cérébrale n’ont encore réussi à donner naissance à des traitements efficaces des maladies mentales, pas plus qu’elles n’ont permis de venir à bout de ces "maladies de l’existence" que sont névroses, dépressions, angoisses, passions, addictions, volonté de se détruire, etc. Tout au plus a-t-on mis au point des médicaments de l’esprit (ou psychotropes) qui ont contribué à faire vivre les psychotiques au sein de leur famille et surtout à apporter une tranquillité à ceux qui risquaient d’être dangereux pour eux-mêmes, pour leur entourage et pour leurs employeurs.

Mais il y a eu un prix à cette entreprise. La gestion des populations par la médecine et la biologie a favorisé l’éclosion d’une idéologie sécuritaire consistant à réduire chaque citoyen à un misérable petit tas de neurones soumis à toutes sortes d’évaluations. Au sujet politique, héritier des Lumières, s’est substitué l’homme comportemental, quantifié, chosifié, inféodé à une norme tyrannique et auquel on accorde une identité religieuse ou ethnique tout en se moquant des engagements universalistes jugés dangereux, au même titre que les idéaux de Mai 68 : vouloir changer le monde ou lutter contre les inégalités.

Ainsi s’opposent deux conceptions de l’homme. L’une, fréquente dans la philosophie anglophone, préconise que le sujet soit "naturalisé" pour rejoindre le monde de l’animalité : la fin de l’exception humaine. Et pour ce sujet-là, qui ne doit plus penser mais obéir, seuls sont retenus, s’il souffre, des traitements rapides évalués par des experts et agissant par dressage sur des comportements visibles. Foin de psychisme, le sujet naturalisé n’a droit qu’à des médicaments d’un côté et à des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) de l’autre.

L’autre conception, issue de la tradition européenne continentale – phénoménologie et psychanalyse -, considère au contraire que pour traiter la souffrance de l’âme, des approches dites "dynamiques" ou "relationnelles", plus longues, sont nécessaires pour accompagner ou non les traitements chimiques, tant l’homme se sépare de l’animal par la parole.

C’est l’adhésion des Etats à l’idéologie de l’expertise, véhiculée aujourd’hui par divers organismes de santé (Institut national de la santé et de la recherche médicale ou Inserm, agences d’évaluation, comités de dépistage, etc.), qui explique les conflits survenus depuis quelques années en France. Les médias leur ont donné le nom de "guerre des psys" : ils concernent de 5 millions à 8 millions de personnes, traitées autant par les médicaments que par des thérapies multiples.

La première crise survint en octobre 2003, lorsque Bernard Accoyer, pourtant défenseur de la psychanalyse – et actuel président de l’Assemblée nationale – réussit à faire voter, au nom de la "sécurité" des usagers, un amendement à une loi de santé publique qui réservait l’exercice de la psychothérapie à des diplômés de médecine ou de psychologie, ce qui autorisait un orthopédiste à soigner des angoisses, c’est-à-dire un boulanger à se faire serrurier. Cette disposition venait conforter une expertise de l’Inserm qui valorisait les TCC au détriment des autres approches. D’où une levée de boucliers des professionnels, férocement divisés entre eux : 13 000 psychiatres, 5 000 psychanalystes, 35 000 psychologues, 7 000 psychothérapeutes.

Après avoir mobilisé trois ministres de la santé, qui ne cessèrent de se contredire, le conflit s’acheva par une capitulation annoncée de longue date par le sénateur Jean-Pierre Sueur : l’adoption d’une loi inapplicable (9 août 2004), dont une quatrième ministre, Roselyne Bachelot, ne sait pas encore si elle va réussir à en écrire les décrets, alors même qu’elle soutient un plan de dépistage de la dépression qui risque d’augmenter la consommation de psychotropes en faisant croire à chaque sujet en état de tristesse qu’il est un malade mental.

En septembre 2005, il y eut la parution d’un Livre noir de la psychanalyse, déferlement de haine contre Freud, suivie de près par l’annonce d’une nouvelle expertise de l’Inserm qui déclencha la juste colère des pédopsychiatres. Privilégiant un modèle génétique, celle-ci préconisait de voir dans les énervements excessifs des bébés les signes avant-coureurs d’une délinquance sociale. Autant dire qu’on demandait à chaque parent de devenir le dépisteur de sa progéniture. Une pétition, "Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans", lancée par Pierre Delion, recueillit 200 000 signatures.

Il y eut ensuite les propos pour le moins déplacés tenus par Nicolas Sarkozy sur le caractère génético-hormonal du suicide et des déviances sexuelles. Il y eut enfin, après mai 2007, la volonté du pouvoir d’Etat d’utiliser les tests ADN pour le contrôle des immigrés, au mépris des droits de l’homme. A quoi s’ajouta, cerise sur le gâteau, la proposition faite par la ministre de la justice d’envoyer aux assises les fous criminels pourtant incapables de comprendre la signification de leurs actes.

Si l’idéologie sécuritaire s’est déployée dans le cadre des ministères de la santé et de la justice, elle se propage aussi dans les rangs des fonctionnaires du ministère de l’éducation nationale.

Depuis quarante ans sont délivrés dans les départements de psychologie des formations cliniques qui se réclament de la psychanalyse et sont désormais menacées par des experts issus de la psychologie expérimentale ou cognitive. Une fois de plus, on demande à des spécialistes de donner un avis sur ce qu’ils ne connaissent pas : un boulanger juge un serrurier. D’où un conflit d’intérêts, puisque ces experts adhèrent à une conception de la subjectivité contraire à celle des cliniciens.

Face à cette avancée de la manie évaluationniste, les enseignants concernés lancèrent, en juin 2007, une pétition "Sauvons la clinique", qui recueillit plus de 10 000 signatures. Elle allait dans le même sens que les actions de Jacques-Alain Miller, organisateur de forums destinés à lutter contre les ravages de l’expertise. Fort de ce succès, Roland Gori, président de la seule association à réunir tous les enseignants de psychopathologie (SIUEERPP), demanda audience à Valérie Pécresse, ministre de l’enseignement supérieur et responsable des experts qui sont ses conseillers ou ceux du premier ministre : Jean-Marc Monteil, Roger Lécuyer et Michel Fayol. Or, contre toute attente, il fut éconduit.

Après de telles dérives, qui menacent aujourd’hui les ministres eux-mêmes, les autorités de l’Etat doivent se prononcer clairement sur cette question de civilisation. Va-t-on continuer à soumettre des chercheurs à des expertises inopérantes et à transformer les praticiens de la psyché en agents de la sécurité ? Va-t-on poursuivre une politique qui nous éloigne de la tradition humaniste de l’Europe ? Va-t-on éradiquer le freudisme des départements de psychologie dans un pays qui a pourtant vu naître quelques-uns de ses plus brillants interprètes reconnus dans le monde entier ? Le débat est ouvert.


Elisabeth Roudinesco est directrice de recherches au département d’histoire de l’université Paris-VII.
Un évaluateur assassiné

Un évaluateur assassiné

Le meurtre à la Nasa lié aux évaluations de performance

21.04.07 | 21h58

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HOUSTON, Texas, 21avril (Reuters) – L'ingénieur de la Nasa tué au centre spatial de Houston par un de ses collègues avait rédigé une appréciation négative des performances professionnelles de ce dernier, a annoncé la police samedi.

Selon le chef de la police de Houston, Harold Hurtt, le tueur présumé, qui s'est ensuite suicidé, reprochait à David Beverly la mauvaise note accordée à son travail.

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Le tireur se nommait Bill Phillips et travaillait au centre Johnson de la Nasa depuis douze ans pour le compte d'un sous-traitant, Jacobs Engineering Group Inc..

Les deux hommes étaient âgés d'une cinquantaine d'années.

L'incident est survenu alors que les Etats-Unis sont toujours sous le choc de la fusillade du campus de Virginia Tech où un étudiant a abattu 32 personnes avant de se suicider, lundi.

Le drame a débuté vendredi vers 13h40 (18h40 GMT) dans le bâtiment où les deux hommes travaillaient. Phillips a sorti une arme et on a entendu au moins deux coups de feu, a dit la police.

Fran Crenshaw a été prise en otage, apparemment pour la seule raison qu'elle se trouvait à proximité. Elle a été ligotée mais a réussi à se débarrasser de son bâillon et à appeler le numéro d'urgence de la Nasa.

La police a précisé que Phillips avait utilisé un revolver acheté le 19 mars dans une armurerie locale.

Le bâtiment 44, où s'est joué le drame, est légèrement à l'écart du reste du centre spatial, qui s'étend sur un terrain de 650 hectares et abrite le centre de contrôle de la mission spatiale ainsi que le centre d'entraînement des astronautes.

Douce Autorité en Santé

Vous avez dit : non opposable ?
par Herbert Wachsberger 

Le 21 janvier 2005, Le Pr. Laurent Degos déclarait dans Le Monde (la Haute Autorité de santé (HAS), dont il est le président, venait d’entrer en fonction au début du mois) : « La philosophie de la HAS est d'être une autorité administrative totalement indépendante – sans aucune influence industrielle, ministérielle ou autre – qui puisse, suite à des saisines (d'organisations professionnelles, d'associations de patients, d'institutions ou de l'Etat) ou à des autosaisines, donner des avis et des recommandations non opposables. »

Décryptons.  

I.- La HAS, à l’instar des autorités administratives indépendantes (AAI) de la même catégorie juridique, est placée, contrairement à la tradition administrative française, en dehors des structures administratives traditionnelles et n’est pas soumise au pouvoir hiérarchique (d’un ministre, par exemple). Cette indépendance, en effet totale par comparaison à l’Anaes dont elle prenait la place, la tient à l’abri de l’influence industrielle : entendons, celle de l’industrie pharmaceutique, au moment où les affaires du Vioxx et du Celebrex s’étalaient à longueur de colonnes.

Opposable : Qu’est-ce à dire ? Le terme appartient au vocabulaire du droit – « caractère d'un droit ou d'un moyen de défense que son titulaire peut faire valoir contre un tiers » (Trésor de la langue française). Et l’une des missions assignée par décret à la Haute Autorité de santé le reprend : (La HAS) « établit les références professionnelles (…) susceptibles d'être rendues opposables aux professionnels de santé par les conventions prévues (…) ou, à défaut, le règlement prévu (…) ainsi que les recommandations de bonne pratique qui y sont associées ». Les Références médicales opposables (RMO) sont rédigées sous la forme d’un " il n’y a pas lieu de… " par les partenaires conventionnels ; elles doivent être respectées sous peine de sanction. Mais M. Degos prévient aussitôt que les avis et les recommandations de la Haute Autorité de santé ne seront pas opposables. Plus tard, il confirmera que « la sanction ne peut être érigée en règle générale de gouvernance ».

(suite…)

HAS et sociétés savantes : une situation préoccupante en médecine aussi

 Le rôle des sociétés savantes

Pr Gérard Slama*

OUI, les sociétés savantes sont utiles. On peut se demander néanmoins si les sociétés savantes, comme en général les médecins qu'elles représentent, les médecins en général, ne se font pas déposséder progressivement de leurs prérogatives, de toute liberté d'agir, sinon de penser. De quoi s'agit-il ? De la prise en main d'une responsabilité éminente des sociétés savantes, celle de dire quel est, à leur avis, l'état de l'art en matière de prise en charge et de traitement des maladies, des explorations, etc.
Au moins trois exemples récents :

(suite…)

Séminaire EPP à la FFP

Rendez-vous tous au :

SEMINAIRE DE LA FEDERATION FRANCAISE DE PSYCHIATRIE

L’EVALUATION DES PRATIQUES PROFESSIONNELLES EN PSYCHIATRIE

3 MARS 2006

Amphithéâtre Pierre Deniker. Hôpital Sainte-Anne – 1 rue Cabanis 75014 PARIS

Inscriptions FFP: 01 48 04 73 41 – fax : 01 48 04 73 15 – e-mail : ffpsychiatrie@wanadoo.fr

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La prévalence de la schizophrénie : c’est moins !

La prévalence de la schizophrénie : c’est moins !
Selon une méta-analyse récente, il n’y aurait pas 1% de schizophrènes dans la population générale, contrairement à ce que véhiculent d’imprécis manuels du siècle passé tels le DSM IV, mais entre 0,4 et 0,7%. Voilà qui est enfin précis et scientifique.
Mais au fait, c’est quoi la schizophrénie ?
Source :
A Systematic Review of the Prevalence of Schizophrenia
 
(Public Library of Science)

La SARP entendue par la Haute Autorité de Santé !

La SARP entendue par la Haute Autorité de Santé !

Selon le quotidien Le Monde daté du 1er juillet 2005, la Haute Autorité de Santé compte remédier aux graves anomalies que la SARP avait portées à son attention, concernant plusieurs  » Recommandations pour la Pratique Clinique » de l’ex-ANAES. La SARP avait alerté le Collège Scientifique de l’Instance en janvier 2005 (Télécharger la lettre) ainsi que le Ministère de la Santé. Rappelons que le Ministre Douste-Blazy, dans son discours du 4 février 2005 annonçant les orientations de son Plan pour la psychiatrie, s’était enagagé en ces termes :  » aider les professionnels de santé en leur diffusant des guides au repérage des troubles dépressifs et des recommandations de conduite à tenir. La Haute Autorité en Santé élaborera ces recommandations, et je veillerai à ce que l’ensemble des sensibilités de la psychiatrie française, dont la psychanalyse, soient associés à leur élaboration. « 
L’article de Cécile prieur (
Les médecins seront désormais soumis à une évaluation de leurs pratiques professionnelles) tempère : « …tout n’est pas acquis du côté des médecins, comme l’attestent les réticences de la communauté des psychiatres, dont une partie est très critique envers l’évaluation.  » et rapporte les propos de M. Coulomb :  » Il y a eu une crispation idéologique du côté des psychiatres, qui ont craint qu’on aboutisse à une médecine normative, à une réduction au cerveau (…) Mais je suis persuadé qu’ils viendront à l’évaluation dans le respect de la spécificité de chacun. »  » Dans l’attente, conclut Cécile Prieur, la HAS s’est dite prête à élaborer de nouveaux référentiels en psychiatrie, en les ouvrant aux différentes écoles de pensée.  »

Evaluer le temps des actes, par Lucien Bonnafé

Lucien Bonnafé et l’Evaluation
Yves Gigou nous adresse ce texte de Lucien Bonnafé précédé de l’introduction ci-dessous. Pourtant on ne peut
s’empêcher de regretter le temps décrit ici par le célèbre psychiatre, non sans ironie, quand l’évaluation de la psychiatrie embarrassait fort l’administration…

Nous, Cortège – Les quelques-uns qui ont eu à cœur d’en soutenir le pari, dans la diversité qui les rassemble autour de ce personnage aux milles visages qu’il fut pour eux, ont choisi de signer du nom du poème de Guillaume Appolinaire qu’il citait si volontiers et qui le dit si bien.

Lucien Bonnafé est mort le 16 mars 2003. Ceux qui ont partagé son aventure ont tenté sur le vif de dire les chemins qu’il a ouverts. Folie, psychiatrie, poésie, politique, dans chacune de ces voies, Lucien Bonnafé a posé des paroles et des actes, comme autant d’invitations à poursuivre, chacun selon son style propre. Ce livre rassemble les textes de quelques-uns de ceux avec qui il a fait l’histoire et de quelques autres qui s’efforcent de la prolonger. Ce livre évoque une oeuvre pionnière, qui a marqué l’horizon des pratiques de la folie, dont la méthode et l’éthique se soutiennent d’un concept original : le désaliénisme.

L’harmattan, Collection :Pratiques De La Folie, 177 pages

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